Chercher in Nomôdos

9 juin 2015

Réforme future du Doctorat et des écoles doctorales

Informations transmises par C. Dounot, K. Fiorentino et alii:

Réforme future du Doctorat et des écoles doctorales

màj
  • Présentation arrêté;
  • Projet d'arrêté;
  • Communiqué de la Conférence nationale des Directeurs d'Ecoles doctorales délivrant le Doctorat en Droit;
  • Réaction et propositions de SupAutonomehttp://supautonome.com/upload/3486_2015-04-observations-SupAutonome-doctorat.pdf;
  • Communiqué du bureau de la CP-CNU, 27 mai 2015: Quelques dangers du projet d'arrêté relatif au diplôme national de doctorat.
[Présentation de l']
Arrêté fixant le cadre national de la formation et les modalités conduisant à la délivrance du diplôme national de doctorat

"La loi relative à l’enseignement supérieur et à la recherche du 22 juillet 2013 introduit dans ses articles 78, 79 et 82 plusieurs mesures en vue de contribuer à renforcer l’insertion professionnelle des docteurs, à la fois dans la haute fonction publique et dans les entreprises. 

L’amélioration de la situation des jeunes chercheurs a également conduit le ministère de l’éducation nationale, de l’enseignement et de la recherche à mener une réflexion plus générale sur les évolutions du doctorat afin de garantir aux doctorants une formation de très haut niveau et une meilleure reconnaissance nationale et internationale de leur diplôme, tant au plan académique que dans le secteur de l’industrie et des services. Par ailleurs, une volonté d’ouverture du doctorat est manifestée, qui doit contribuer à l’accès au diplôme à des chercheurs en formation dans d’autres domaines que ceux traditionnellement liés à la recherche académique. Il est proposé en conséquence une révision des textes relatifs à la formation doctorale, représentant, conformément à la loi, le 3ème volet du Cadre National des Formations.

La formation doctorale sera désormais organisée dans un seul et même arrêté. Sont donc fusionnés et abrogés dans ce projet d’arrêté les textes suivants : 
- arrêté du 6 décembre 1984 fixant les mesures transitoires relatives aux inscriptions en doctorat d’Etat ; 
- arrêté du 3 septembre 1998 portant Charte des thèses ; 
- arrêté du 6 janvier 2005 relatif à la cotutelle de thèse ;
- arrêté du 7 août 2006 relatif à la formation doctorale ;
- arrêté du 7 août 2006 relatif aux modalités de dépôt, de signalement, de reproduction, de diffusion et de conservation des thèses ou des travaux présentés en soutenance en vue du doctorat ;

Le texte présenté à la concertation a pour objectif :
1° de réaffirmer le caractère unique du doctorat comme diplôme du plus haut niveau de l’enseignement supérieur ;
2° de tenir compte des éléments contextuels, en particulier liés à la loi relative à l’enseignement supérieur et à la recherche du 23 juillet 2013, avec notamment une mise en adéquation avec les textes sur la politique de site et la valorisation du doctorat ;
3° de réaffirmer que l’accès à la formation doctorale représente une expérience professionnelle de recherche qui doit être valorisée comme telle ; 
4° de rendre plus exigeante la formation doctorale afin de mieux valoriser le doctorat au niveau national et international ;
- 5° de favoriser l’ouverture à l’international et les thèses en cotutelles :
6° d’adapter la formation doctorale au monde de demain en l’ouvrant à d’autres formes de connaissances que celles du monde académique et en promouvant d’autres voies d’accès au doctorat (FTLV, VAE, apprentissage), à la condition qu’elle reste contrainte par les exigences générales de ce type de formation qui demeure sous la responsabilité de l’établissement seul accrédité pour délivrer le diplôme ;
7° de promouvoir les dispositifs visant à préserver l’égalité des chances de l’ensemble des candidats en termes d’accès au doctorat et de sa réalisation ;
8° d’accroître l’employabilité des docteurs en rendant plus lisibles les acquis de la formation doctorale auprès des employeurs et en exprimant notamment ces acquis en termes de compétences transférables."


[Projet d'] 
Arrêté du fixant le cadre national de la formation et les modalités conduisant à la délivrance du diplôme national de doctorat [Il semble que ce texte a déjà subi des modifications importante au moment où nous le mettons en ligne (4 juin 2015)]

"NOR: 
La ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche,
Vu le code de l'éducation, notamment ses articles L. 121-3, L. 612-1, L. 612-7, L. 613-3, L. 718-2 et L. 718-3, D. 123-12 à D. 123-14, D. 613-3 et D. 613-6, D. 613-18 à D. 613-20  et R. 613-32 ;
Vu le code de la recherche, notamment son article L. 412-1 ;
Vu l'avis du Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche en date du ;

Arrête :

Article 1
La formation doctorale est une formation par la recherche conduisant à la production de connaissances présentant un caractère innovant. Elle porte sur des travaux d’intérêt scientifique, économique, social ou culturel. Expérience professionnelle de recherche, elle est sanctionnée par la délivrance du diplôme national de doctorat. Ce diplôme, délivré par un établissement d’enseignement supérieur accrédité, confère à son titulaire le grade et le titre de docteur.
Le diplôme de doctorat peut s’obtenir dans le cadre de la formation initiale et la formation tout au long de la vie. Il peut notamment s’obtenir par la voie de l’apprentissage ou  par la voie de la validation des acquis de l’expérience.
Les compétences spécifiques acquises au cours de cette formation permettent une insertion professionnelle dans tous les domaines d’activités, dans le secteur public aussi bien que privé.
La formation doctorale est organisée au sein des écoles doctorales.
Dans le cadre de la mise en œuvre de la politique scientifique de site, afin d’organiser à ce niveau la politique doctorale, de contribuer à sa visibilité et à la mutualisation des activités des écoles doctorales, il peut être créé un collège doctoral, auquel sont transférés une ou plusieurs compétences des écoles doctorales qui lui sont associées. Leurs modalités de fonctionnement sont fixées par les établissements dont relèvent les écoles doctorales.

TITRE Ier : ECOLES DOCTORALES

Article 2
Les écoles doctorales organisent la formation des docteurs et les préparent à leur insertion professionnelle à l’issue de la formation doctorale. Elles collaborent avec les unités et des équipes de recherche d’un ou plusieurs établissements du regroupement, tel que défini aux articles L. 718-2 et L. 718-3 susvisés, reconnues après une évaluation nationale.
Une école doctorale peut, le cas échéant, associer des unités de recherche ou des équipes localisées hors du regroupement en s’appuyant sur un projet scientifique cohérent.
La taille et le périmètre du champ des écoles doctorales sont adaptés aux contours des regroupements et des établissements d’enseignement supérieur dont elles dépendent.

Article 3
Dans le cadre des missions définies à l’article 2, les écoles doctorales :
1° Informent les étudiants sur les conditions d’accès, les compétences requises, la nature et les taux d’insertion professionnelle des diplômés, mettent en œuvre une politique de choix des doctorants fondée sur des critères explicites et publics et participent à la recherche des financements et en proposent l'attribution, afin de permettre aux doctorants de préparer et de soutenir leur thèse dans les meilleures conditions ;
2° Organisent les échanges scientifiques entre doctorants et avec la communauté scientifique et  proposent aux doctorants des modules de formation à caractère professionnalisant et favorisant l’interdisciplinarité, utiles à leur projet de recherche et à l'acquisition d'une culture scientifique élargie incluant une initiation à l’éthique de la recherche ;
3° Assurent une démarche qualité de la formation, mettent en place des comités de suivi individuel de la formation doctorale, garantissent un encadrement doctoral professionnalisé, en promouvant notamment une formation des directeurs de thèse ;
4° Définissent et mettent en œuvre des dispositifs d'appui à l'insertion professionnelle des docteurs dans les secteurs public et privé, organisent en lien avec les services des établissements concernés le suivi de l'insertion professionnelle des doctorants accueillis ;
5° Apportent une ouverture européenne et internationale, dans le cadre d'actions de coopération conduites avec des établissements d'enseignement supérieur ou centres de recherche étrangers.

Article 4
Dans le cadre de leur politique, les écoles doctorales mettent en place des dispositifs  spécifiques afin d’organiser une évaluation des formations et des enseignements notamment au moyen d’enquêtes régulières auprès des doctorants. Cette évaluation est organisée dans le respect des dispositions des statuts des personnels concernés.
Ces dispositifs favorisent le dialogue entre les équipes pédagogiques, les doctorants et les représentants du monde économique. Ils éclairent les objectifs de chaque formation, contribuent à en faire évoluer les contenus ainsi que les méthodes d’enseignement afin de faciliter l’appropriation des savoirs, des connaissances et des compétences et de permettre d’en améliorer la qualité. Ces dispositifs peuvent également servir de base à l’évolution de la carte de formation de l’établissement en cohérence avec la politique de site.
Les résultats des évaluations font l’objet de présentations et de débats au sein des équipes pédagogiques, du conseil de l’école doctorale et de la commission de la recherche du conseil académique ou de l’instance qui en tient lieu.

Article 5
L’arrêté d’accréditation de l’établissement emporte habilitation de ce dernier à délivrer le diplôme de doctorat, seul ou conjointement, et mentionne la liste des écoles doctorales autorisées à accueillir des doctorants en vue de leur formation doctorale ainsi que le ou les champs concernés.
Après avis du conseil de l’école doctorale et sur proposition de son directeur, soumis à l’approbation de la commission recherche du conseil académique ou toute autre instance équivalente, des établissements d'enseignement supérieur, des organismes publics de formation et de recherche et des fondations de recherche peuvent participer à une école doctorale avec la qualité d'établissement associé en accueillant des doctorants de cette école au sein d'unités ou d'équipes de recherche reconnues à la suite d’une évaluation nationale. D’autres organismes publics ou privés peuvent également être reconnus comme établissements associés à une école doctorale.
La demande d'accréditation comprend les modalités de coopération entre l’ensemble des établissements concourant à l'école doctorale telles que définies par une ou plusieurs conventions.
Afin de garantir la connaissance la plus large possible de l'offre de formation doctorale nationale, un annuaire des écoles doctorales est mis à jour annuellement.

Article 6
L'école doctorale est dirigée par un directeur assisté d'un conseil.
Le directeur de l'école doctorale est choisi parmi les professeurs et assimilés au sens des dispositions relatives à la désignation des membres du Conseil national des universités ou parmi les enseignants de rang équivalent qui ne dépendent pas du ministère chargé de l'enseignement supérieur ou parmi les personnels des établissements d'enseignement supérieur, des organismes publics de recherche et des fondations de recherche, habilités à diriger des recherches. Il est nommé pour la durée de l'accréditation. Son mandat peut être renouvelé une fois.
Lorsqu'une école doctorale relève d'un seul établissement, le directeur de l'école doctorale est nommé par le chef d'établissement après avis de la commission recherche de la commission académique ou des instances qui en tiennent lieu et du conseil de l'école doctorale.
Lorsqu'une école doctorale relève de plusieurs établissements, les chefs d'établissement désignent conjointement le directeur dans les conditions définies par la convention qui les lie,  après avis de la commission recherche des commissions académiques ou de l’instance qui en tient lieu et du conseil de l'école doctorale.

Article 7
Le directeur de l'école doctorale met en œuvre le programme d'actions de l'école, et présente chaque année un rapport d'activité devant le conseil de l’école et  la commission de la recherche du conseil académique ou de l’instance qui en tient lieu du ou des établissements concernés.

Article 8
Chaque chef d’établissement décide de l’attribution des financements pouvant être alloués aux doctorants inscrits dans son établissement sur proposition du directeur de l’école doctorale, après avis des directeurs de thèse concernés, des responsables des unités de recherche ou des équipes de recherches dans lesquelles les doctorants souhaitent poursuivre leurs travaux de recherche et du conseil de l'école doctorale réuni en formation restreinte.
Le directeur de l’école doctorale présente chaque année la liste des bénéficiaires de ces financements devant le conseil de l'école doctorale et en informe la commission de la recherche du conseil académique ou de l’instance qui en tient lieu de l'établissement.

Article 9
Le conseil de l'école doctorale adopte le programme d'actions de l'école doctorale. Il gère, par ses délibérations, les affaires qui relèvent de l'école doctorale.
Le conseil comprend de douze à vingt-six membres. La moitié de ses membres sont des représentants des établissements, des unités ou équipes de recherche concernées, dont un représentant des personnels ingénieurs, administratifs, techniciens, ouvriers et de service. L'autre moitié est composée, à hauteur de 20 % du total des membres du conseil, arrondi s'il y a lieu à l'unité inférieure, de doctorants appartenant à l'école doctorale élus par leurs pairs ; elle est complétée par des membres extérieurs à l'école doctorale choisis, à parts égales, parmi les personnalités françaises et étrangères compétentes, dans les domaines scientifiques d'une part, et dans les secteurs industriels et socio-économiques concernés d'autre part.
Le conseil de l’école doctorale comprend également une formation restreinte composée des seuls représentants des établissements, des unités ou équipes de recherche concernées, à l’exclusion du représentant des personnels ingénieurs, administratifs, techniciens, ouvriers et de service et des doctorants
Les membres du conseil autres que les doctorants sont désignés suivant des modalités adoptées par la commission de la recherche du conseil académique ou de l’instance qui en tient lieu  des établissements concernés par l'accréditation.
Le conseil de l'école doctorale se réunit au moins trois fois par an.

Titre II : DOCTORAT

Article 10
Le doctorat est préparé dans une école doctorale au sein d'une unité ou équipe de recherche reconnue à la suite d'une évaluation nationale, sous la responsabilité d'un directeur de thèse rattaché à cette école ou dans le cadre d'une co-direction telle que mentionnée à l’article 16 du présent arrêté.
A titre exceptionnel, le doctorat peut être préparé au sein d'une équipe de recherche en émergence encore non labellisée, sur proposition de l'établissement ou des établissements concernés dans le cadre de sa politique scientifique, après autorisation accordée par le ministre chargé de l'enseignement supérieur sur la base d'une évaluation nationale diligentée à cet effet. L'équipe de recherche en émergence concernée est rattachée à une école doctorale, après avis du conseil de cette école, sur proposition du ou des chefs d'établissement.

Article 11
L'inscription en première année de doctorat est prononcée par le chef d'établissement sur proposition du directeur de l'école doctorale après avis du (des) directeur(s) de thèse et du directeur de l'unité de recherche sur la qualité du projet et les conditions de sa réalisation. Elle vaut admission aux formations dispensées par l'école doctorale.
Pour être inscrit en doctorat, le candidat doit être titulaire d'un diplôme national de master ou d'un autre diplôme conférant le grade de master, à l'issue d'un parcours de formation ou professionnel établissant son aptitude à la recherche.
Si cette condition de diplôme n'est pas remplie, le chef d'établissement peut, par dérogation et sur proposition du conseil de l'école doctorale, inscrire en doctorat des étudiants ayant effectué des études d'un niveau équivalent ou bénéficiant de la validation des acquis prévue à l'article L. 613-5 du code de l'éducation. La liste des bénéficiaires de ces mesures est présentée chaque année au conseil de l'école doctorale et à la commission de la recherche du conseil académique.  
L'inscription est renouvelée au début de chaque année universitaire par le chef d’établissement, après avis du directeur de thèse et, à partir de la troisième inscription, du comité de suivi individuel du doctorant. En cas de non renouvellement, un avis motivé est notifié au doctorant par le directeur de l’école doctorale.
Lors de l’inscription annuelle en doctorat, le directeur de l'école doctorale vérifie que les conditions scientifiques, matérielles et financières sont assurées pour garantir le bon déroulement des travaux de recherche du candidat et de préparation de la thèse.
Durant le déroulement de ses travaux de recherche, le doctorant est intégré à l'unité de recherche à laquelle il est rattaché. Ses travaux personnels sont valorisés dans ce cadre.

Article 12
Chaque école doctorale établit les conditions de suivi et d’encadrement des doctorants à travers une charte du doctorat dont elle définit le modèle. Cette charte est signée au moment de la première inscription en doctorat,  par le chef de l’établissement, le directeur de l’école doctorale, le directeur de l’unité de recherche d’accueil, le ou les directeur(s) de thèse et le doctorant.

Cette charte du doctorat indique les dénominations de l’établissement d’inscription du doctorant, de l’école doctorale, de l’unité de recherche et de l’équipe d’accueil, le(s) nom(s) du (des) directeur(s) de thèse, le nom du doctorant et les droits et devoirs des parties en présence.

Pour chaque doctorant, elle décline notamment le sujet du doctorat et la spécialité du diplôme, les conditions de financement du doctorant, ainsi que les éléments suivants :
1° Si le doctorat est mené à temps complet ou à temps partiel ; dans ce cas est précisé le statut professionnel du candidat ;
2° Le calendrier du projet de recherche ;
3° Les modalités d’encadrement, de suivi de la formation et d’avancement des recherches du doctorant, notamment le calendrier prévisionnel des comités de suivi individuel de la formation;
4° Les conditions matérielles de réalisation du projet de recherche et le cas échéant les conditions de sécurité;
5° Les modalités d’intégration dans l’équipe de recherche ;
6° Le projet personnel et professionnel du doctorant ;
7° La description du parcours individuel de formation ;
8° Le programme de valorisation des travaux de recherche du doctorant : diffusion, publication et confidentialité, droit à la propriété intellectuelle selon le champ du programme de doctorat,
9° Les procédures de médiation ;
10° L’engagement du doctorant à fournir des renseignements à l’établissement d’inscription sur son insertion professionnelle jusqu’à 5 ans après la soutenance.

La charte du doctorat peut être modifiée en tant que de besoin par accord signé entre les parties. L’établissement d’inscription est le garant de sa mise en œuvre.

Article 13
Un comité de suivi individuel de la formation veille au bon déroulement du cursus en s’appuyant notamment sur la charte du doctorat établie au moment de la première inscription. A partir de la deuxième année du doctorat, il organise au moins une fois par an en présence du doctorant un examen des conditions de sa formation et des avancées de sa recherche. Il formule des recommandations et transmet un rapport de l’entretien au directeur de l’école doctorale.

Il veille notamment à prévenir toute forme de conflit, de discrimination ou de harcèlement.

La composition de ce comité d’au moins trois personnes sans lien avec la formation du candidat est établie par l’école doctorale.

Article 14
La préparation du doctorat s'effectue en 3 ans maximum.  
Le doctorat peut être préparé à temps partiel par des salariés non financés pour leur formation doctorale, sur une durée maximale de six années, sur décision prise dans les mêmes conditions que celles prévues au 1er alinéa de l’article 11.
Des dérogations, dans la limite de 2 années supplémentaires, peuvent être exceptionnellement accordées par le chef d'établissement, sur proposition du directeur de l'école doctorale et après avis du directeur de thèse, du comité de suivi individuel du doctorant  et du conseil de l'école doctorale, sur demande motivée du candidat. La liste des bénéficiaires de dérogations d’inscriptions est présentée chaque année à la commission de la recherche du conseil académique ou à l’instance qui en tient lieu.
A titre exceptionnel, sur demande motivée du doctorant, une période de césure insécable d’une durée maximale représentant une année peut intervenir une seule fois, par décision du chef d’établissement, après avis du directeur de l’école doctorale et du directeur de thèse. Durant cette période, le doctorant suspend temporairement sa formation.
Cette période n’est pas comptabilisée dans la durée de la thèse. L’établissement signe avec le doctorant qui suspend sa scolarité un accord lui garantissant sa réintégration ou son inscription au sein de la formation doctorale à la fin de la période de césure.

Article 15
Au cours de leur cursus, les doctorants suivent des programmes de formation. Il s’agit de modules de formation à caractère professionnalisant et  favorisant l’interdisciplinarité,  utiles à leur projet de recherche et renforçant des compétences en lien avec leur projet d’insertion professionnelle ultérieure. Ils visent en particulier à l'acquisition d'une culture scientifique élargie incluant une initiation à l’éthique de la recherche.

Une formation à la pédagogie couplée à une expérience d’enseignement est dispensée notamment lorsque le doctorant est chargé d’enseignement.
Un portfolio du doctorant comprend la liste individualisée des activités du doctorant durant sa formation. Il est mis à jour régulièrement par le doctorant en accord avec son ou ses directeurs de thèse. Il est transmis au jury par le directeur de l’école doctorale avant la soutenance de la thèse.

Article 16
Les doctorants effectuent leurs travaux sous le contrôle et la responsabilité d’un directeur de thèse. L'encadrement d'une thèse peut être éventuellement assuré conjointement par deux directeurs de thèse, au maximum trois dans le cas d’une co-direction avec un praticien ou un créateur.
Les fonctions de directeur ou de co-directeur de thèse peuvent être exercées :
1° par les professeurs et assimilés au sens des dispositions relatives à la désignation des membres du Conseil national des universités ou par des enseignants de rang équivalent qui ne dépendent pas du ministère de l'enseignement supérieur ; par les personnels des établissements d'enseignement supérieur, des organismes publics de recherche et des fondations de recherche, habilités à diriger des recherches ;
2° par d'autres personnalités, titulaires d'un doctorat, choisies en raison de leur compétence scientifique par le chef d'établissement, sur proposition du directeur de l'école doctorale et après avis de la commission de la recherche du conseil académique ou toute autre instance assimilée de l'établissement.
La direction de la thèse peut également être assurée sous forme de co-direction  instaurée par convention entre un ou deux directeurs de thèse répondant aux conditions fixées ci-dessus et un praticien ou créateur reconnu pour sa notoriété et ses compétences. La proposition de co-direction est soumise à la décision du chef de l’établissement accrédité, sur proposition du directeur de l’école doctorale. Dans ce cas, les doctorants sont placés sous la responsabilité scientifique des co-directeurs de thèse.
La commission recherche du conseil académique ou l’instance qui en tient lieu arrête le nombre maximum de doctorants encadrés par un directeur de thèse, par école doctorale, après avis des conseils des écoles doctorales concernées.

Article 17
L'autorisation de soutenir une thèse est accordée par le chef d'établissement, après avis du directeur de l'école doctorale, sur proposition du ou des directeurs de thèse.
Les travaux du candidat sont préalablement examinés par au moins deux rapporteurs désignés par le chef d'établissement, habilités à diriger des recherches ou appartenant à l'une des catégories visées au 1° et au 2° de l'article 16 ci-dessus, sur proposition du directeur de l'école doctorale, après avis du(des) directeur(s) de thèse.
Dans le cas de travaux impliquant des professionnels ou toute autre forme de recherche non académique, un troisième  rapporteur, reconnu pour ses compétences propres et sa notoriété, est désigné sur proposition de la commission de la recherche du conseil académique ou toute autre instance assimilée de l'établissement.
Sauf exception liée aux caractéristiques du champ disciplinaire du site ou au contenu des travaux, les rapporteurs sont extérieurs à l'école doctorale et à l'établissement du candidat. Ils peuvent appartenir à des établissements d'enseignement supérieur ou de recherche étrangers ou à d’autres organismes étrangers.
Les rapporteurs font connaître leur avis par des rapports écrits sur la base desquels le chef d'établissement autorise la soutenance. Ces rapports sont communiqués au jury et au candidat avant la soutenance.

Article 18
Le jury de thèse est désigné par le chef d'établissement après avis du directeur de l'école doctorale et du(des) directeur(s) de thèse. Le nombre des membres du jury est compris entre 3 et 8. Il est composé au moins pour moitié de personnalités françaises ou étrangères, extérieures à l'école doctorale et à l'établissement d'inscription du candidat et choisies en raison de leur compétence scientifique ou professionnelle ou leur notoriété dans le champ disciplinaire concerné, sous réserve des dispositions relatives à la co-tutelle internationale de thèse.
Sa composition tend à respecter un objectif de parité.
La moitié du jury au moins doit être composée de professeurs ou assimilés au sens des dispositions relatives à la désignation des membres du Conseil national des universités ou d'enseignants de rang équivalent qui ne dépendent pas du ministère chargé de l'enseignement supérieur.
Les membres du jury désignent parmi eux un président et, le cas échéant, un rapporteur de soutenance. Le président doit être un professeur ou assimilé ou un enseignant de rang équivalent au sens de l'alinéa précédent.
Le ou les directeurs de thèse siègent au sein du jury sans la qualité de membre. Il ne prennent pas part à la délibération.
Lorsque plusieurs établissements sont habilités à délivrer conjointement le doctorat, le jury est désigné par les chefs des établissements concernés dans les conditions fixées par la convention mentionnée à l’article 5.

Article 19
La soutenance est publique, sauf dérogation accordée à titre exceptionnel par le chef d'établissement si le sujet de la thèse présente un caractère de confidentialité avéré.
Avant la soutenance, le résumé de la thèse est diffusé à l'intérieur de l'établissement ou des établissements bénéficiant d'une accréditation pour délivrer ce diplôme.
Dans le cadre de ses délibérations, le jury apprécie la qualité des travaux du candidat, leur caractère innovant, l’aptitude du candidat à les situer dans leur contexte scientifique ainsi que ses qualités d'exposition.
Lorsque les travaux correspondent à une recherche collective, la part personnelle de chaque candidat est appréciée par un mémoire qu'il rédige et présente individuellement au jury.
A l’exception de son président et du candidat, les membres du jury peuvent participer à la soutenance par des moyens de visioconférence ou de communication électronique permettant leur identification et leur participation effective à une délibération collégiale et satisfaisant à des caractéristiques techniques garantissant la transmission continue et simultanée des débats.
L'admission ou l'ajournement est prononcé après délibération du jury.
Le président signe le rapport de soutenance qui est contresigné par l'ensemble des membres du jury présents à la soutenance.
Le rapport de soutenance est communiqué au candidat dans le mois suivant la soutenance.

Titre III : CO-TUTELLE

Article 20
Afin de développer la dimension internationale des écoles doctorales, favoriser la mobilité des doctorants et développer la coopération scientifique entre les équipes de recherche françaises et étrangères, un établissement d’enseignement supérieur français habilité à délivrer le doctorat peut conclure avec un ou plusieurs établissements d’enseignement supérieur étrangers, bénéficiant dans leur pays des mêmes prérogatives, une convention visant à organiser une cotutelle internationale de thèse.
Les établissements co-contractants sont liés par un principe de réciprocité.

Article 21
La convention peut être soit une convention-cadre accompagnée, pour chaque thèse, d'une convention d'application, soit une convention conclue spécifiquement pour chaque thèse.
Outre les mentions citées à l’article D. 613-19 susvisé, elle précise notamment :
1° L’intitulé de la thèse, le nom du directeur de thèse, de l'étudiant, et la dénomination des établissements d'enseignement supérieur contractants ;
2° La langue dans laquelle est rédigée la thèse ; lorsque cette langue n'est pas le français, la rédaction est complétée par un résumé substantiel en langue française ;
3° Les modalités de règlement des droits de scolarité conformément aux dispositions  pédagogiques retenues, sans que le doctorant puisse être contraint à acquitter les droits dans plusieurs établissements simultanément ;
4° Les conditions de prise en charge de la couverture sociale ainsi que les conditions d'hébergement et les aides financières dont le doctorant peut bénéficier pour assurer sa mobilité ;
5° Les directeurs de thèse et le doctorant signent la convention mentionnée à l'article 20 pour la thèse concernée.
Article 22
Les doctorants effectuent leurs travaux sous la responsabilité, dans chacun des pays concernés, d'un directeur de thèse qui exerce ses fonctions d'encadrement en collaboration avec le ou les autres directeurs de thèse.

Article 23
La thèse donne lieu à une soutenance unique. Conformément aux dispositions de l’article 19, le président du jury signe un rapport de soutenance contresigné par les membres du jury.
Le ou les diplômes de doctorat sont délivrés par les autorités académiques habilitées à le faire, sur proposition conforme du jury, après la soutenance de la thèse.
Par dérogation aux dispositions prévues au titre V, les modalités de protection du sujet, de dépôt, signalement et reproduction des thèses, ainsi que celles de la gestion des résultats de recherche communs aux laboratoires impliqués, de leur publication et de leur exploitation, sont arrêtées conformément aux législations spécifiques à chaque pays impliqué dans la préparation de la thèse et précisées par la convention.

Titre IV : DEPOT SIGNALEMENT, DIFFUSION ET CONSERVATION DES THESES OU DES TRAVAUX PRESENTES

Article 24
Le candidat engagé dans la préparation d'une thèse de doctorat dépose celle-ci trois semaines avant la soutenance au service chargé du doctorat de l'établissement d'enseignement supérieur dans lequel celle-ci s'effectue.
Le doctorant  fournit sa thèse sous forme numérique selon les prescriptions de l'établissement de soutenance. Il fournit en outre des exemplaires sur support papier destinés aux membres du jury lorsque l'établissement n'assure pas lui-même l'impression de la thèse à partir du support numérique.
La soutenance est conditionnée par la délivrance au président du jury par le service chargé du doctorat d'une attestation du dépôt de la thèse et du bordereau électronique complété, avec le concours du service chargé du doctorat et du service commun de la documentation ou du service inter-établissements de coopération documentaire ou de la bibliothèque, comportant  un résumé en français et un résumé en anglais ainsi qu'une liste de mots clés.  Il comprend notamment les métadonnées nécessaires à la description, la gestion, la diffusion et l'archivage de la thèse, conformes à la recommandation nationale TEF (thèses électroniques françaises).
Si le jury a demandé l'introduction de corrections dans la thèse, le nouveau docteur dispose d'un délai de trois mois pour déposer sa thèse corrigée sous forme électronique.

Article 25
L'établissement de soutenance procède au dépôt de la version validée de la thèse dans ses formats de diffusion et d'archivage, ainsi que du bordereau électronique, dans l'application nationale Star, gérée par l'Agence bibliographique de l'enseignement supérieur (ABES), qui assure les fonctions suivantes :
1° Enregistrement du dépôt de la version de diffusion et de la version d'archivage de la thèse ainsi que de ses métadonnées ;
2° Signalement dans le catalogue Sudoc ;
3° Attribution d'un identifiant permanent ;
4° Envoi de la version d'archivage, y compris dans le cas d'une thèse non diffusable, au Centre informatique national de l'enseignement supérieur ;
5° Le cas échéant, à la demande de l'établissement, envoi des métadonnées ou de la version de diffusion de la thèse vers les sites désignés par celui-ci.
Sauf dans le cas d’une clause de confidentialité, une diffusion de la thèse est assurée dans l’établissement de soutenance et au sein de l’ensemble de la communauté universitaire. La diffusion en ligne de la thèse au-delà de ce périmètre est subordonnée à l'autorisation du nouveau docteur sous réserve de l'absence de clauses de confidentialité.

Titre V : DISPOSITIONS FINALES ET TRANSITOIRES

Article 26
Les écoles doctorales accréditées au moment de l’entrée en vigueur du présent arrêté le restent jusqu’à la prochaine vague d’accréditation de l’établissement dans lequel elles sont constituées.

Article 27
Les dispositions de l’article 19 de l'arrêté du 5 juillet 1984 relatif aux études doctorales et l’arrêté du  4 décembre 1984 fixant les mesures transitoires relatives aux inscriptions en doctorat d’Etat sont abrogés à compter du 1er septembre 2018.

Article 28
Sont abrogés :
1° L’arrêté du 3 septembre 1998 relatif à la charte des thèses ;
2° L’arrêté du 6 janvier 2005 relatif à la cotutelle internationale de thèse ;
3° L’arrêté du 7 août 2006 relatif à la formation doctorale ;
4° L’arrêté du 7 août 2006 relatif aux modalités de dépôt, de signalement, de reproduction, de diffusion et de conservation des thèses ou des travaux présentés en soutenance en vue du doctorat.

Article 29
Le présent arrêté entre en vigueur à compter du 1er septembre 2015.

Article 30
La directrice générale de l'enseignement supérieur et de l’insertion professionnelle est chargée de l'exécution du présent arrêté, qui sera publié au Journal officiel de la République française".

Lettre du Président de l'Association des docteurs en Droit au Président du Conseil national du Droit (27 mars 2015)  

"AFDD
ASSOCIATION FRANCAISE DES DOCTEURS EN DROIT
RECONNUE D’UTILITE PUBLIQUE DECRET DU 28 FEVRIER 1966
Siège : 11, place Dauphine – 75001 Paris

Le Président,

Courriel de l’association : contact@afdd.fr
Site internet : www.afdd.fr                                                                                                                      Paris, le 27 mars 2015






            Monsieur le Président,

En ma qualité de président de l’Association Française des Docteurs en Droit (AFDD), j’attire votre attention et celle des membres du Conseil National du Droit (CND) sur l’article paru dans Le Monde de l’Education du 25 mars concernant l’engouement pour le doctorat sous diverses formes.

Lors de la dernière réunion du Conseil à la Cour de cassation, tous apaisements ont été donnés par le Professeur Olivier DORD sur l’abandon du volet 2 du Cadre national des formations concernant « l’ouverture » du doctorat et plus précisément la délivrance d’un doctorat aux élèves et anciens élèves de l’Ecole Nationale de la Magistrature, de l’ENA ou à d’autres fonctionnaires ou militaires de haut rang.

Depuis le courant de l’année 2014 une consultation a été menée par le Professeur André NIEOULLON à la demande du Ministère sur la réforme du doctorat et une première orientation nous a été communiquée lors de la précédente réunion du Conseil à Sciences Po Paris.

Le succès international du cursus « LMD » est de nature à créer des initiatives désordonnées pour user et abuser de l’utilisation des mots « docteur » « doctorat » ou « doctor » et créer ainsi ambiguïté et confusion dans les diplômes, au détriment des universités ou des organismes habilités à délivrer un doctorat.

Il est dès lors urgent que le Ministère prenne un parti officiel sur la réforme du doctorat qu’il a engagée et qu’il mette fin à l’incertitude afin de permettre, en particulier, une protection efficace, en France et en Europe au titre du LMD, du diplôme de doctorat et du titre de docteur. C’est l’emploi des jeunes docteurs qui est en cause.

Je propose en conséquence que lors de la prochaine réunion du Conseil que vous présidez soit inscrit à l’ordre du jour le point suivant :

-       achèvement de la réforme du doctorat et protection du titre de docteur.

Je ne verrais que des avantages à ce que cette lettre soit communiquée dès à présent aux membres du Conseil.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’assurance de mes sentiments les meilleurs.  

Daniel TRICOT
pr.daniel.tricot@dtama.eu"




 Communiqué de la Conférence nationale des Directeurs d'Ecoles doctorales délivrant le Doctorat en Droit

"La conférence nationale des directeurs des Ecoles doctorales délivrant le doctorat en droit marque sa plus vive inquiétude quant aux dispositions du futur arrêté sur la formation doctorale Soucieuse de la qualité de l’encadrement et de la formation des doctorants inscrits dans les Ecoles doctorales délivrant le doctorat en droit et attentive aux spécificités du doctorat en droit, la conférence nationale des directeurs des écoles doctorales en droit, s’est réunie en marge du colloque organisé par le Ministère de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche à Paris les 13 et 14 avril 2015. Elle exprime sa profonde inquiétude face au futur arrêté sur la formation doctorale et attire l’attention sur les conséquences extrêmement fâcheuses de certaines dispositions pour les futurs doctorants et le bon fonctionnement des écoles doctorales.

La conférence souhaite tout d’abord rappeler que le parcours doctoral est avant tout une démarche dans laquelle s’engagent librement le futur doctorant et son directeur de thèse, une liberté que le futur arrêté entend restreindre en imposant des contraintes fortes tant pour le recrutement que pour le déroulement du parcours doctoral. Il est d’ailleurs significatif que le mot « thèse » ne figure pas à l’article 1er de l’arrêté et soit peu employé dans le reste du texte, ce qui paraît orienter le doctorat vers une conception plus large. La possibilité donnée à la COMUE, en tant qu’« établissement supérieur accrédité » (art. 1er al. 1), de délivrer le doctorat, va également dans ce sens. La conférence rappelle son attachement à la notion académique de « thèse », qui se rapporte à une longue tradition et correspond à un travail de recherche.

La conférence s’oppose fermement au principe selon lequel l’inscription en doctorat soit subordonnée au financement du candidat.

La conférence émet les plus grandes réserves quant à l’idée d’une formation des directeurs de thèse. En quoi consisterait-elle ? Par qui serait-elle assurée ? Et qui prendrait en charge son coût ? Elle rappelle que les directeurs de thèse doivent être « habilités à diriger des recherches » et préconise de renvoyer la question – plus déontologique que règlementaire – des compétences du directeur de thèse dans le suivi du travail du doctorant à la charte du doctorat

La conférence juge l’organisation des comités de suivi telle que prévue par le futur arrêté totalement irréaliste, impossible à mettre en oeuvre d’un point de vue pratique et entraînant des coûts injustifiés. Elle recommande en particulier de laisser la composition de ces comités de suivi à l’appréciation du Conseil de chaque école doctorale.

A propos de la durée des thèses, la Conférence regrette que le futur arrêté ne prenne pas en compte les spécificités de chaque discipline, en particulier des sciences humaines et sociales, et préconise dès lors de supprimer le caractère « exceptionnel » des dérogations, dans la limite de deux années, pouvant être accordées par le chef d’établissement.

Enfin, la Conférence exprime sa plus vive inquiétude quant au silence du futur arrêté au sujet de la prise en compte des stages effectués par les doctorants."

Quelques dangers du projet d'arrêté relatif au diplôme national de doctorat 
Communiqué du bureau de la CP-CNU, 27 mai 2015

"La France formant deux fois moins de docteurs que d'autres pays de l’OCDE (par exemple l'Allemagne), le gouvernement a élaboré un projet d’arrêté pour réformer les conditions de réalisation et d’octroi du diplôme de doctorat. La reconnaissance du doctorat dans les conventions collectives, la création de postes de chercheurs dans l'industrie, tout comme la création de postes de chercheurs et d'enseignants-chercheurs titulaires, sont des voies intéressantes pour attirer les meilleurs étudiant-e-s qui, pour beaucoup, renoncent aujourd’hui à s’engager dans la voie de la thèse. Toutefois, le développement du doctorat ne peut pas se faire au détriment de la qualité du diplôme national. 

La CP-CNU exprime une vive inquiétude sur de nombreux points du projet d'arrêté relatif au diplôme national de doctorat, actuellement en préparation.
1 – Le diplôme de doctorat 
Le terme même de doctorat reste à préciser dans le projet actuel. La CP-CNU estime que les thèses de doctorat doivent reposer sur un haut niveau d’exigence scientifique et une aptitude à mener un projet de recherche contribuant au renouvellement des connaissances. Aussi, elle est opposée à toute procédure permettant de délivrer les diplômes de doctorat selon des critères non maîtrisés par les Ecoles doctorales, en particulier les doctorats appelés aujourd’hui "executive" ou "professionnels". Ce texte ne fait absolument pas la distinction, pourtant fondamentale.
De surcroît, le doctorat, tel que proposé dans le projet, peut être octroyé par le biais de la valorisation des acquis d’expériences ou VAE (article 1). Une telle disposition exclut de fait, pour le candidat au doctorat, l’exigence de produire un document de thèse original. La CP-CNU estime que le diplôme de doctorat, y compris pour ceux qui seraient validés par VAE, doit nécessairement être attribué après la réalisation d’un mémoire ou d'un dossier de recherche contenant des résultats originaux, examinés lors d'une soutenance devant un jury composé de spécialistes de la discipline, après autorisation par deux rapporteurs habilités à diriger des recherches, sous le contrôle d'une Ecole doctorale.
2 – L’accès aux directions de thèse, aux conseils des Écoles doctorales et aux jurys de soutenance offert à des enseignants désignés selon des procédures opaques, échappant à la logique scientifique, a toutes les chances d’être généralisé puisque l’arrêté fait directement référence au décret 92-70 qui l'autorise1. 
Le conseil de l'École doctorale, potentiellement composé de membres non élus (hormis les représentants des étudiants, article 9) comprendrait des personnalités issues du secteur industriel et socio-économique à hauteur de 2 membres pour un conseil de 12 personnes ou à hauteur de 4 pour un conseil de 20 personnes. Cette ouverture à des « personnalités », pour lesquelles aucune obligation de diplômes ni de niveau scientifique attesté n’est requis, suscite une certaine incompréhension. La CP-CNU n’est en rien défavorable à l’idée d’ouvrir les Ecoles doctorales, mais à la condition d'exiger un niveau scientifique compatible avec l’évaluation des thèses de doctorat. 
La CP-CNU ne peut accepter que l’encadrement de la thèse de doctorat (article 16.2) et le rôle de rapporteur dans les jurys de soutenance (article 17) puissent être confiés à des personnes ne disposant pas d’une habilitation à diriger des recherches (HDR) ou d’un niveau reconnu équivalent si ces rôles sont assumés par des personnes en poste à l’étranger.
De même, alors même que le texte prévoit l’intégration des laboratoires et organismes de statut privé dans les Écoles doctorales et dans le suivi des thèses de doctorats, le projet d’arrêté gagnerait à rappeler que les établissements d'enseignement supérieur sont des organismes publics. 
3 – Les enseignants-chercheurs sont considérés comme des «non professionnels» (article 17 évoquant les travaux impliquant des professionnels) et les formations doctorales deviendraient « professionnalisantes » (article 3 proposant aux doctorants des modules de formation à caractère professionnalisant). La CP-CNU rappelle que le doctorat est un diplôme professionnalisant au niveau de la recherche, formant des professionnels à la recherche et par la recherche de très haut niveau. Contrairement à ce qui est suggéré dans l'article 3, les enseignants-chercheurs sont des professionnels de l’enseignement et de la recherche de haut niveau ; les formations doctorales, même si elles doivent améliorer la formation à la pédagogie pour les futurs enseignants-chercheurs, participent à la formation de futurs professionnels.
4 – La mise en concurrence systématique des individus et des équipes de recherche dans l’université, telle qu’elle a été instituée par la loi LRU, a été dénoncée à de multiples reprises par de nombreux acteurs de la vie universitaire – notamment des chercheurs éminents, détenteurs du prix Nobel. La loi ESR et les politiques "d'excellence" sont étendues aux Écoles doctorales et aux disciplines. Les Écoles doctorales seraient en effet contraintes de rendre publics des taux d'insertion professionnelle. Si le bureau de la CPCNU reconnait le bien fondé d’une politique de transparence sur les formations doctorales et approuve la publication des résultats obtenus par les doctorants et les écoles doctorales en terme de formation, il reste critique sur l’objectif de publication d'indicateurs d'insertion professionnelle sans les définir au préalable. Le bureau de la CP-CNU reste sceptique à l’idée de publier des résultats d'insertion professionnelle tant que le nombre de postes d'enseignants-chercheurs et de chercheurs est en forte diminution d’une part, et que le doctorat n'est toujours pas reconnu dans les conventions collectives d’autre part. Un grand nombre de docteurs ne pourront donc pas obtenir de postes à l’université ou dans des établissements de recherche et devront s’orienter temporairement ou définitivement vers d’autres activités professionnelles, parfois fort éloignées de la recherche ou de l’enseignement. 
5 – Si l'on ne peut qu'être favorable au financement des doctorants durant la durée de la thèse, les thèses de doctorat financées semblent apparaître comme la seule situation tolérée. Alors que cette pratique s’est développée dans certaines écoles doctorales depuis quelques années, ce conditionnement économique à la préparation d’un diplôme universitaire et à l’accomplissement d’une recherche scientifique ne peut devenir la principale variable discriminante de l’entrée en doctorat. Il convient au contraire de préserver la liberté de s’inscrire en thèse pour les étudiants dont le niveau scientifique a été reconnu suffisant. La CP-CNU est néanmoins bien consciente de la situation de précarité économique de nombreux doctorants. Elle réclame instamment, depuis longtemps, une augmentation significative du nombre des contrats doctoraux et du nombre de bourses d'autres types (CIFRE, régions, etc.). Elle demande aussi la prise en compte de la préparation d’une thèse de doctorat dans les procédures de formation continue, et dans le calcul des annuités pour la retraite, mais également la prise en charge par les établissements, des frais engendrés par les docteurs pour la poursuite de leur doctorat comme la participation à des colloques, l'achat de matériel, etc. 
6 - La limitation de la durée de thèse à 3 ans, sans aucune dérogation possible a tous les risques d’abaisser significativement le niveau des thèses. Dans un grand nombre de domaines scientifiques, en particulier dans les sciences humaines et sociales (SHS), mais également dans certaines sciences "dures", il est impossible de réaliser en 3 ans un travail approfondi, sur un terrain difficile, nécessitant la familiarisation avec un environnement social et culturel complexe, ou imposant l’apprentissage d’une langue, sauf à réduire de manière drastique les ambitions scientifiques des thèses et donc affecter la qualité du doctorat. Il est en effet difficile, voire impossible dans la majorité des disciplines, de publier dans des revues de grande qualité, pendant une thèse à durée réduite. Une thèse de doctorat est un travail de recherche de haut niveau qui peut parfois nécessiter une durée de 4 à 5 ans. La CP-CNU souligne enfin que l’arrêté ne fait aucunement référence aux congés de maladie, maternité, parental, dans le cadre du doctorat.
7 – L’arrêté soutient la formation à la pédagogie des doctorants en fonction de leur projet professionnel. C’est une bonne nouvelle. A cet égard, la CP-CNU demande que tous les doctorants contractuels qui le souhaitent, puissent bénéficier d'une mission complémentaire d'enseignement et d'une formation à la pédagogie (article 15). Néanmoins, l'article 15 prévoit que des doctorants pourraient ne pas bénéficier d’une charge d'enseignement. La CP-CNU demande que tous les doctorants contractuels, dès lors qu’ils le souhaitent, puissent bénéficier d’une mission complémentaire d'enseignement, et d'une formation à la pédagogie, et que les autres doctorants aient la possibilité d'effectuer des vacations et d'acquérir une expérience pédagogique.
8 – La CP-CNU est en désaccord avec le principe selon lequel, dans les jurys de soutenance, le (la) directeur(trice) de thèse ne prend plus part aux discussions ni au vote, alors qu'il (elle) est le (la) mieux placé(e) pour connaître du travail du doctorant et du sujet. Il (elle) devrait a minima prendre part aux discussions en amont de la procédure de vote. La CPCNU souhaite d'ailleurs, plus généralement, que l'ensemble des encadrants (directeur, co-directeur) puissent participer au jury de soutenance".